mardi 27 mai 2008

Vacances en Nouvelle-Calédonie

05/04
Enfin, j’y suis! 7 mois après mes grands débuts dans la vie professionnelle « down under », voici le temps des congés payés. Allez, c’est décidé, je dilapide mon maigre et précieux capital en pausant deux semaines pour filer en Nouvelle Calédonie, TOM, le plus proche de l’Australie, à seulement 3 heures de vol depuis Sydney.
A peine débarqué a l’aéroport international de la Tontouta, Cyril, mon grand copain et filleul lors de notre DUT dans le Sud de la France, m’emmène me dépayser sur les pistes boueuses et rougeoyantes de la rivière de la Tontouta pour un plouf et dégustation de la bière locale, la Number One.
Tontouta
Ca y est, je suis en pays francophone : nous parlons, rigolons, buvons et mangeons dans la langue de Molière.

06/04
Direction Dumbea, dans les hauteurs à l’Ouest de Nouméa, pour une après midi décrassage : il est l’heure d’évacuer les excès de la nuit précédente fortement alcoolisée d’anecdotes et autres palabres inhérentes aux retrouvailles. Nous voici donc partis arpenter la piste de ferrite menant au barrage qui déborde puisqu’ici, tout comme en Australie, la météo est des plus exécrables depuis de longs mois. Sitôt arrivés au but, un orage éclate et le chemin rouge devient aussi glissant qu’une patinoire maculée de sang.
Dumbea
Désirant emprunter un autre itinéraire pour ne pas êtres réduits à la monotone et ennuyeuse condition du poisson rouge, nous longeons la rivière, ou plutôt nous nous cherchons un chemin le long des rochers de la rive, à la recherche d’un gué qui ne sera bien entendu non praticable. Nous regagnons le Defender à la tombée de la nuit après avoir lutté contre les éléments pour nous payer le luxe de faire marcher le chauffage tant nous sommes transis par le froid et l’humidité.
A peine rentrés, nous préparons notre paquetage, optimisé à outrance puisque limités à 10 kg par tête, pour les 3 prochains jours sur Lifou, la plus grande des Iles Loyauté.

07/04
Je constate qu’Air Calédonie, bien qu’étant la seule compagnie de l’aérodrome de Magenta, est atteinte du syndrome universel des vols retardés. Conséquence directe, mes plongées du matin sont annulées.
Lifou est aussi grande que la Réunion et n’y restant que 3 journées, nous louons un véhicule. Notre camp de base est à Easo, au Nord de l’ile.
Lifou - La plage de Easo
Nous sommes passés de l’autre cote de la carte postale : plage paradisiaque bordée de palmiers et de pins colonnaires qui toisent le reste de la végétation. Nous couvrons la cote Est de l’ile, profitant de la superbe plage de Luengoni, qui propose quelques patates de coralligènes esseulées, perdues au milieu de ce désert blanc ivoire, fiefs de nombreux poissons tropicaux de tailles très modestes : parrots, clowns et wrasses. Bien sur, notre orage quotidien ne se fait pas attendre et donnera aux falaises de Xodre, un air dramatique où toute la force de l’océan s’illustre le long de ces parois lacérées et torturées, où, seul le pin colonnaire est sorti vainqueur sur cette extrémité Sud de l’ile.
Lifou - Xodre

08/04
Plongée ! Après les eaux de Nouvelle Galles du Sud à 18 degrés, un pur bain de bonheur à 29. 2 spots sont prévus ce jour : Gorgones Valley et l’Arche. Visibilité, hors du commun [point de vue non objectif puisque plongeur à la courte carrière], paysages enivrants, sensation d’immensité et d’humilité devant les abrupts tombants boisés de gorgones gigantesques, autour desquelles des myriades de poissons s’agitent. Lifou : 1 – Grande Barriere de Corail : 0. Au sommet des colonnes, les coraux reprennent leurs couleurs éclatantes et ce tapis animal, véritable canevas aux innombrables teintes et formes m’hypnotise et rend le palier aux 3 mètres passionnant et intemporel.
Clown Triggerfish
Lifou - diving
L’après midi, rapide snorkeling dans la piscine naturelle de Jinek où le soleil pointera aux abonnes absents. Plus tard, nous nous rendons aux falaises de Jokin, où, bien sur, je ne pourrai m’empêcher de sauter dans l’eau limpide comme les gamins de la tribu, qui, honnêtement sont bien plus têtes brûlées que votre vieillissant narrateur. Le snorkeling est ici hallucinant tant les eaux sont profondes. Le sommet des falaises est un remarquable observatoire des baleines lorsque ces dernières migrent à partir de Juillet.

09/04
2 autres plongées aussi incroyables que les précédentes,
Lifou - diving
mais à cela quelques nouveautés viennent s’ajouter : des anguilles de jardin, des murènes ruban, des microscopiques crevettes d’anémones. Au rayon du déjà-vu, mais pas très commun : un requin nourrice [un Nurse Shark, à ne pas confondre avec le Grey Nurse Shark] et un requin léopard.
Lifou - Leopard Shark
Nous tacherons de boucler le tour de l’ile en filant vers Hnathalo, où les locaux fêtent les 150 ans de présence catholique sur l’ile. Il est étonnant de constater l’attachement des locaux à la religion, fervents pratiquants ne délaissant pas pour autant leurs coutumes. Cela dit, je ne m’attendais pas à ce que les tribaux soient aussi occidentalises, la preuve la plus flagrante en est la débroussailleuse, dans chaque jardin, les jeunes en vacances scolaires ainsi que les femmes manient ce sabre fonctionnant au pétrole avec une dextérité hors pair pour embellir les lopins de terres superbement fleuris et arborés. Lifou - Case
Là encore, le présent côtoie la tradition : les cases toujours occupées sont maintenant entourées de constructions en béton pas vraiment esthétiques.
Nous sommes de retour sur Nouméa dans la soirée où nous retrouvons un ancien camarade de l’IUT, Jean-Phi, et évoquerons, autour d’un bon Saint Emilion et de fromages français, avec rires et nostalgie, ces belles années.

10/04
Départ pour le Nord de Grande Terre. Sur les routes défoncées dont les nids de poules sont plutôt de béants cratères, nous évoluons au milieu des plaines légèrement vallonnées ou l’élevage est roi au sein de la savane à niaoulis, cousins des eucalyptus. Le Defender, que j’appellerai « le tank » par la suite, est un véhicule imposant et donc très bruyant, ainsi, après quelques heures de route à hurler pour tacher d’avoir un semblant de conversation, nous voila, aussi sourds que le dernier poilu [paix ait son âme], et, un arrêt à la Roche Percée, non loin de Kone, est le bienvenu pour apprécier un bain régénérant.
La Roche Percée
Nous sommes accueillis par Nico, le cousin de Cyril et Brenda sa compagne, pour un festin des plus locaux : viande de cerf marinée au milieu de la brousse de Ouegua.

11/04
Session pêche sur le Diahot, seul fleuve de Nouvelle Calédonie. A bord de la plate, avec nos bières, lignes et nasses, défilent les rives à la luxuriante végétation. Nous sommes entourés par la mangrove et nous profitons de l’ombre offerte par les palétuviers pour déjeuner coincés entre les racines dans un calme absolu que les moustiques ne parviennent même pas a troubler.
le Diahot - mangrove
Nous remontons le fleuve vers l’embouchure, plaçons les nasses et lançons les lignes. Malheureusement, la chance n’est pas au rendez vous et nous revenons bredouilles.
le Diahot
Bien que rentrant les mains vides, nous sommes choyés car nous avons des crabes de mangrove farcis pour le diner amoureusement préparés par la grand mère de Brenda : c’est décidé, plus tard je serai pêcheur bredouille !

12/04
Nous quittons Ouegua en empruntant le col d’Amos, en laissant les pentes de savane pour rejoindre le lagon au loin sur l’autre versant.
vue sur la valée de Ouegoa depuis le col d'Amos
Nous descendons le long de la cote vers le Sud en direction de Hienghene, trajet au cours duquel, nous profitons des cascades et nous arrêtons régulièrement pour admirer les baies. L’embouchure de la Ouaième est si importante que nous la traversons à bord d’un bac rustique, dernier en activité sur l’ile, depuis lequel nous contemplons le Mont Panier, point culminant de Grande Terre, dont le sommet se perd dans les nuages.
embouchure de la Ouaième
Nous plantons la tente à Hienghene. La baie comporte son lot de curiosités : une poule couveuse et un sphinx, nul besoin d’être imaginatif pour les deviner. Les imposantes falaises de roche de Lindéralique surgissant du lagon forment des orgues dont les extrémités des tubes ont été anarchiquement taillées puis affûtées ; le panorama est enchanteur. Seule verrue, le club Med, non loin de notre camping qui refaçonne la plage à grands coups de bulldozer : les cerfs qui viennent brouter les algues en ce lieu égaillent anachroniquement les lieux. Jouons la vieux con de râleur métropolitain, les moustiques sont ici ultra voraces et nous épongeons l’orage le plus violent depuis le début de notre séjour, il nous faut employer la bèche pour éviter que la tente ne devienne l’Atlantide.

13/04
Deux plongées à Hienghene, en shorty, à l’extrémité du lagon dans une eau à 29 degrés : les grands classiques de la faune et flore tropicale sous mes yeux. L’eau est si chaude que la condensation forme un voile sur l’objectif de ma camera : pardonnez mon inexpérience en eaux bouillantes. Au rang des espèces remarquables, un requin a pointe noire et un requin marteau de presque 3 mètres qui, tellement apeuré, filera a mach 12 sans me laisser le temps de dégainer l’appareil photo.
Hienghene - Black Tip Reef Shark
En 6 plongées, j’aurai vu autant d’espèces de requins qu’en une bonne vingtaine en Australie : y-a-t-il une densité de genres plus concentrée dans le lagon Néo-Calédonien qu’autour des cotes Australiennes ?
Nous empruntons la Kone-Tiwaka, route transversale pour rejoindre la cote Ouest. La rivière est en furie et les eaux boueuses n’invitent pas a la baignade, mais, les roches aux couleurs gris bleute canalisant cette masse bouillonnante aux tons crème, entourées de bambous géants, esquissent un tableau fascinant.
Kone-Tiwaka
La route, joyau logistique de l’ile, après dix ans de longs et couteux travaux, nous offre donc une transversale panoramique, qui, à la fin de la journée se pare d’une multitude de verts masquant les zones ravagées par la fourmi électrique. Parlons rapidement de ce fléau : en plus d’être agressif, ce microscopique insecte possède une morsure des plus douloureuses, non content d’être quasiment invulnérable, il détruit des pans entiers de végétation car forme de véritables tapis vivants atrophiant les biotopes. Ceci dit, l’on trouve cette fourmi également esseulée et nous ne manquerons donc pas de déguster une ou deux piqures.

14/04
Nous avons établi notre camp à Poe et nous essuyons un énième violent orage. Point positif, nous sommes devenus des experts dans le domaine du montage d’abris de fortune et nous bâchons ainsi plus vite que nos ombres.
Poe
La plage de Poe est un spot ultime de windsurf lorsque le vent est la, et, les 8 nœuds du jour ne nous permettent pas de sortir le mat. A défaut, nous nous contentons d’une grande ballade entrecoupée de siestes et de ploufs : un rythme de vrais vacanciers. Chose remarquable, j’ai vu Nessie qui a quitté son fief écossais pour se la couler douce sous les tropiques : plus besoin donc de dépenser d’astronomiques sommes à la recherche du serpent de mer ! Je vous offre en exclusivité intergalactique, la seule photo récente de bonne qualité, non truquée puisque top véridique !

La météo annonçant pétole pour le lendemain, nous décidons alors de rentrer sur Nouméa.

15/04
Jet ski dans la baie de Sainte Marie. Session wake board tracté par le bombardier : le départ est un peu plus technique et moins assisté que le téléski nautique mais tellement plus excitant ; au moins, l’on ne tourne pas en rond jusqu'à en être lassé. Cependant les vagues me fatiguent a une vitesse éclair tant les jambes sont mises à rude épreuve, rien a voir au niveau force et endurance avec l’eau calme et plate du lac de Sesquieres !
Noumea - Baie de Ste Marie

16/04
Journée pluie non stop, nous végétons comme au cours de l’un de ces « dimanches à la con ». Nous avons ainsi amplement le temps de préparer notre paquetage pour l’Ile des Pins.

17/04
Sitôt descendus de l’avion, nous allons vers la Baie d’Oro. La pluie ne s’est toujours pas arrêtée, et décidons, en légitimes fainéants de lever le pouce. Les routes n’étant pas nombreuses, la chance est au rendez vous ! Nous plantons la tente dans un camping non répertorié en tant que tel et, le propriétaire aimant la tranquillité me demande de ne pas en divulguer le nom. Bien lui en a pris car nous avons un énorme faré [abris sans murs au toit en feuilles de palmiers] à notre entière disposition. Nous décidons de braver les intempéries et voir la fameuse Baie d’Oro, fer de lance de l’office de tourisme néo-calédonien.
Bras de mer de la Baie d'Oro
L’endroit a du charme, certes, mais n’est pas aussi paradisiaque que sur les cartes postales ; les moustiques vecteurs de la dengue y ayant élu domicile puisqu’adorant les eaux saunâtes. Le snorkeling y est tout a fait correct d’autant plus qu’il fait plus chaud dans l’eau que sur la terre ferme. Les Japonais hébergés au quatre étoiles, sont aussi de la partie, et semblent mettre la tête sous l’eau pour la première fois de leur vie [oui, au Louvre, point besoin de se mouiller] ; en effet, ces derniers pratiquent une étrange et ridicule danse, ponctuée de cris et de grands moulinets de bras, le tout, pieuvres au pied : les poissons clowns seraient-ils plus effrayants que les ailerons de requins ?
Histoire de tuer le temps, nous nous payons notre premier restaurant depuis le début du séjour ; au menu, langoustes cuites au feu de bois, en front de baie, avec pour seuls bruits nos délectations et le reflux des vaguelettes sur la plage de sable plus blanc que blanc. Quel festin de rois ! Nous verrons les collègues tribaux du restaurateur à l’œuvre la nuit, pêchant à l’assommoir, et entendrons la plate revenir surement garnie d’autres crustacés du même acabit que ceux de notre repas.
Apres une sieste bien méritée, nous traçons le ventre plein vers la Baie d’Upi.
Sur le sentier d'Upi
Las du panorama quelconque, nous passons le temps à tenter de faire tomber les cocos a grands jets de pierres, branches mais sans rendement acceptable. A la guerre comme à la guerre ! Je me mute en singe et fait carnage, nous dépiautons alors mes trophées pour plus de commodité en matière de transport. Nous avons donc en mains notre 4 heures et la base de notre repas, il ne manque plus que des protéines, et, sur le retour un magnifique crabe de cocotier [pinces dismorphiques] en faira les frais !

18/04
Baie de Kuto et de Kanuméra : baignade, snorkeling. Peu après avoir recharge nos batteries, nous entamons l’ascension du dantesque Pic Nga. Malgré ses maigres 250 mètres, il a le mérite d’offrir une belle vue à 360 degrés.
Baie de Kuto depuis le Pic Nga
Nous filons peu après vers la grotte de la Troisième, demandez la permission à la tribu de Kéré pour y accéder. Les fruits de la passion en bordure de chemin tombent à pic [Nga !] car nous commençons à accuser la fatigue avec presqu’une trentaine de kilomètres dans les jambes. Deux magnifiques et frustrantes grottes car beaucoup trop glissantes pour être explorées sans corde et baudrier, et, de plus, la frontale après une bonne dizaine de nuits est au bord de l’épuisement ; tous ces paramètres auront raison de ma témérité.
Ile des Pins - grotte de la Troisième
Nous rallions l’aérodrome à la tombée de la nuit, trempés et fatigués, ne rêvant que du barbecue de viande de cerf prévu le soir en brousse non loin de Dumbea. Deuxième et ô combien majeure frustration : l’avion est annulé pour cause de mauvais temps sur Grande Terre et le pilote ne peut pas tenter de décoller plus tard que l’horaire car il dépasserait son quota d’heure de services journalières ! Air Calédonie, ne propose, scandaleusement, ni nourriture, ni logement mais négocie des tarifs « à prix d’ami » avec un hôtel de la partie ! Nous sommes les spectateurs d’une farce économique montée par l’operateur aérien et les autorités touristiques locales. Après avoir vainement taché d’obtenir quoi que ce soit, les touristes résignés sont embarqués, par mini vans, dilapider leur pécule à coups de 40 euros la nuit. Ne pouvant pas planter la tente a l’aérodrome, nous embarquons avec le troupeau de touristes pigeonnés. Une fois sur place, le gérant nous fait part de l’impossibilité de planter la toile mais nous propose une chambre du personnel à « prix cassé » : 15 euros. Apres lui avoir fait clairement comprendre que je n’ai aucunement l’intention de débourser le moindre centime, il se décide à nous laisser la chambre pour la modique somme de rien du tout : la classe! L’acharnement paie toujours [Spéciale dédicace à Mikkke dit « El Manipulator »] ! Un déluge tombe du ciel tout au long de la nuit et sommes heureux de ce toit habilement négocié.

19 et 20/04
Ile des Pins
Retour a Nouméa, dernières heures sur Grande Terre. Le carnaval dont le thème cette année est le rose, est annulé pour… mauvais temps. En plan B, un bon apéro entre potes faira l’affaire.
La boucle est bouclée, dernier plongeon dans la Tontouta et retour sur Sydney, les vacances sont terminées.