16 octobre 2009 - De Sydney à Orlando
Aéroport international de Sydney. L'excitation est à son paroxysme, je m'apprête à monter dans l'A380 en business class à destination de Los Angeles. Direction la Floride pour la troisième fois, pour le travail bien evidemment.
Je me souviens encore de ma première rencontre avec le géant des airs qu'est l'A380, c'était en novembre 2005. Comme de coutume, je pédalais pour me rendre au travail à Labege et, le ciel, d'un seul coup, s'est assombri et, il n'y avait à ma connaissance, aucune éclipse de prévue. Je fus donc surpris de voir un condor métallique voler silencieusement avec agilité et d'autant plus surpris de voir les figures effectuées en quasi rase-motte, si près des toits de la proche banlieue toulousaine. Ce type de rencontre allait devenir quotidien durant les 6 mois suivants.
1 an et demi plus tard, je recroisai le mastodonte sous les couleurs de Korean Airlines à Sydney, Changi et également a Bangkok. 1 an après, le revoici avec le pavillon de Qantas et en compagnie de son homologue coréen à chacune de mes excursions au départ de la capitale de Nouvelle Galles du Sud. Ces 6 derniers mois, c'est un Emirates qui traverse régulièrement le ciel d'Auckland.
Finies les frustrations, je vais enfin goûter au nec plus ultra en matière de long courrier, et, en classe affaires, s'il vous plaît.
Bilan de ces 12 heures pour rallier les USA : service et fauteuils identiques au Boeing 747-400, mais, " live entertainment " de dernière génération et disponible dès l'extinction de la consigne lumineuse " attachez votre ceinture ". La grande avancée est en termes de confort acoustique, quel silence par rapport à l'avion américain, l'on se croirait dorénavant dans un monastère.
Arrivé à Los Angeles, premiers pas sur le sol américain, il fait plus de 30 degrés, et, cette chaleur combinée à la puissance de l'astre solaire me rappelle combien la Death Valley est proche de la mégalopole hollywoodienne. Je fais ensuite escale par Dallas où les 3 heures de connexion sont aussi très chaudes. Je redoute ce qu'il m'attend sur Orlando, je me prépare au pire avec l'accablante humidité ambiante.
Il est plus de 23 heures heure locale, mon périple de 30 heures de voyage s'achève enfin. Je m'écroule et tombe dans les bras d'une Morphée climatisée.
Comme prévu, ce n'est pas la forme olympique mais j'ai assez de jus pour aller " snorkeler " à Wekiwa Springs. Oui, je suis déjà venu dans ce " state park " la dernière fois, mais j'ai, aujourd'hui, grandement besoin d'eau fraiche et limpide, mais aussi d'exercice sans pour autant rouler à l'autre bout du comté. De plus, lors de ma dernière visite, je n'ai pas produit suffisamment de vidéo sous marine car j'étais sur un kayak. C'est donc chose faite, j'évolue au milieu des algues, poissons chats, tortues et… canoës ! Apres avoir feint de ne pas entendre les gardes forestiers, je me dois de rebrousser chemin et sort de la zone interdite, heureux de ma session palmes-masque-tuba hors la loi.

Erreur fatale, je suis sorti arpenter les bars en compagnie de mon manager, je me réveille dans un état pitoyable et mon horloge interne est complètement déréglée. Vite, il va faire nuit dans 6 heures. Branle-bas de combat ! Direction Lake Louisa State Park. Une heure plus tard, me voici sur une " dirt road " au milieu des orangers et pamplemoussiers ; le G.P.S. a encore fait des miracles : je suis censé être arrivé à destination et, le paysage, certes typiquement floridien, n'a rien des forêts de pins et cyprès où je devais arriver. La piste est sablonneuse et le PT Cruiser n'est définitivement pas un A.T.V. [All Terrain Vehicle], aussi, les dérapages se succèdent et je me demande si je serai en mesure de grimper les collines qui me séparent désormais du ruban de bitume, salvateur moyen de retour à la civilisation. Je décide de rebrousser chemin et arrive tant bien que mal à revenir sur mes pas. Grand ouf de soulagement, le véhicule est sauf. Je n'ose imaginer ô combien j'aurai été en mauvaise posture si j'avais bloqué la voiture sur cette piste : quelle aurait été la réaction de mes supérieurs hiérarchiques ? Je finis par apprendre auprès du maraicher local que j'étais effectivement à moins d'un demi-mile de l'entrée du parc naturel.

4 heures avant la tombée de la nuit, il est maintenant certain que j'ai ruiné toute chance de voir un serpent à sonnette, néanmoins, c'est en fin d'après midi, que les tortues terrestres et les cerfs commencent à être actifs. En guise d'espèce inattendue, je trouverai un minuscule scorpion desséché au pied d'un écriteau m'avertissant de la présence de serpent venimeux.
Point de tortue vivante, mais, une carapace d'une taille respectable et enfin, un cervidé pour conclure mes 3 heures de marche.
Le ratio vie animale / temps de marche est donc plus qu'honorable, le scorpion, étant la cerise sur le gâteau. Demain, il faudra que je sois fort, un plus grand danger me guette puisque je serai de retour dans le monde de l'entreprise.
Les Everglades ! Comment concevoir un troisième business trip sans avoir mis les pieds dans ce mythique marais ? Sitôt après mon ennuyeux vendredi au travail, je m'attaque aux 450 km et installe mes quartiers dans un motel d'Everglades City : le Everglades City Motel (manque de créativité ou volontaire pléonasme ?)
Ce matin j'opte pour une session de 6 heures de kayak. Everglades City, comme son nom ne l'indique pas, n'est pas un marais géant mais plutôt une sorte d'embouchure aux eaux saumâtres s'ouvrant sur le Golfe du Mexique et ses immédiates voisines, les Ten Thousand Islands.
Je suis le premier client du loueur de canoës local. Apparemment, bien que basé dans le coin depuis de nombreuses années, le patron, originaire de New York, semble être à court de connaissances lorsque je lui expose mon désir de navigation en marais. Il m'indique, à défaut, un " tunnel " dans la mangrove qui est censé déboucher sur un lac suppose héberger moult alligators. Ok, allons-y ! Le début est d'un ennui pathétique, je longe un chenal bordé d'habitations. Je hurle en mon for intérieur et maudit cet escroc : je me faisais une autre idée de la Floride sauvage ! Une heure plus tard, effectivement, je suis dans le tunnel de mangrove, mais, apparemment, cela fait des lustres que personne n'est passé dans le coin. L'étroitesse du chemin et la densité des branches de palétuviers ajoutées aux millions de toiles d'araignées rendent la progression impossible. Non seulement je vais battre en retraite, mais encore, je n'ai pas encore croisé la moindre vie animale justifiant ce calvaire qui m'a réduit en avaleur de soies d'arachnides. C'en est trop, je crie mon mécontentement et fait au passage s'envoler quelques ibis qui se moquent de mon sort.

Je rebrousse donc chemin et part vers les Ten Thousand Islands. En traversant l'étroit bras de mer séparant le chenal plaisancier des iles, un groupe de 3 dauphins " bottle-nose " passeront à plusieurs reprises près de mon embarcation ; quelle expérience inouïe que d'entendre leur puissant souffle : les galériens sont toujours récompensés ! Cette rencontre fut donc autrement plus enthousiasmante que les classiques dauphins suivant la proue de mes habituels bruyants charters de plongée.
Les Ten Thousand Islands ne sont pas, à vrai dire, de véritables iles mais plutôt des ilots de palétuviers dont la hauteur n'excède pas les 2 mètres. Cet archipel abrite crabes, échassiers mais aussi l'emblématique Bald Eagle. N'espérez pas mettre pied a terre, le sol n'est qu'un amas de moules et huitres tranchantes et, de toute façon, le canevas tressé par les racines des palétuviers rend la progression tout bonnement impossible. La pause déjeuner se fera donc sur le kayak… adieu donc mon rêve de plage de sable blanc !

A peine rentre de cette session pagaie, je me rends sur la Turner River road, située dans Big Cypress National Preserve à seulement une dizaine de miles à l'Est d'Everglades City. Cette route est une piste coupant à travers les marécages. Il suffit de marcher au bord de la route pour dénicher les débonnaires alligators en plein bain de soleil. Le constat est le suivant : des que vous arrivez a deux mètres des crocodiliens, ces derniers décampent à la vitesse de l'éclair pour se cacher dans l'eau aux tons de thé noir [La couleur de l'eau est principalement due à l'écorce des cyprès baignant en son sein].
Le bilan est extrêmement positif : en une heure une quinzaine d'alligators, sans compter tortues, hérons cendrés, aigrettes, ibis, vautours, cormorans, etc.
Puis, vient la tombée du jour et, un autres paysage se dévoile : les couleurs deviennent plus variées et la lourde atmosphère s'évanouit. La beauté des marais et les contrastes se révèlent : quelle splendide nature !
Dimanche 25 Octobre - Everglades
Aujourd'hui c'est randonnée ; légitime activité au lendemain d'une journée l'arrière train vissé sur mon embarcation. Je reprends la route de Big Cypress National Preserve pour rallier le fameux Florida Trail, ruban s'étirant sur toute la longueur du plat état.
Je décide de tester ma résistance mentale, et, après avoir signé un registre auprès du " visitor centre ", je pars vers le Sud : foret inondée de cyprès qui normalement ne s'emprunte qu'en saison sèche (hiver). 200 " feet " plus loin, mes guêtres sont devenues inutiles, l'eau arrive au dessus de mes genoux et mes godillots sont dès lors détrempés. Le paysage est glauque, le ciel est gris, l'eau sombre et l'ambiance irréelle.

Je n'entends que le bruit répétitif de mes jambes fendant l'eau stagnante. Je n'ai jamais ressenti un sentiment aussi étrange, mes sens sont en éveil comme jamais et je scrute anxieusement les alentours pour m'assurer le l'absence d'alligators. Pourquoi cherche-je à me rassurer ? Quoi qu'il arrive, je ne suis qu'un étranger en territoire hostile. En guise de placebo psychologique, je sais que mon fidele couteau est à rapide portée de main… mais, à quoi me servirait une lame de 8cm contre l'épais cuir saurien, impénétrable préhistorique muraille à l'épreuve de mon canif. Finalement, après plus d'une heure et demi d'inutile angoisse, je décide de rebrousser chemin : cette marche n'en vaut pas la peine car je n'ai vu qu'un Red-shouldered Hawk, plusieurs milliers d'alevins et une centaine d'écrevisses naines. Bilan en matière de créatures potentiellement dangereuses : nul, point d'alligators et que nenni en termes de serpents. Et dire que je rêvais de voir mon premier Water Moccassin.
De retour à mon point de départ, j'oblique en direction du Nord afin d'échapper au marais. Le temps a changé, le soleil est au zénith, l'humidité frise les 90%, et, le mercure s'affole. Lorsque je traverse les prairies de " sawgrass ", j'ai l'impression que ma tête a été placée dans une cocotte minute, et, mon fidèle chapeau australien me rappelle combien tout me parait aujourd'hui si similaire au Northen Territory durant la " wet season ".
Finalement, je rejoins la forêt où il fait bien meilleur.
Etrangement le " trail " est traversé de nombreuses pistes labourées qui indiquent une forte activité humaine. Je découvre par la suite que ces chemins de traverse on été dessinés par des chasseurs chevauchant des quads aux dimensions hors-normes. Les viandards sont perchés sur une plate forme a presque deux mètres du sol. Les mensurations gargantuesques de ces véhicules ont été étudiées pour s'adapter à l'évolution en zone inondée, cependant, je reste persuadé qu'ils sont surtout dimensionnés pour pouvoir transporter des personnes avec une surcharge pondérale hors-normes.
Lorsque je prends mon déjeuner, les fesses enfin au sec, un serpent passe à une trentaine de centimètres de ma personne. Tout comme lui, je me fige et nous nous observons une poignée de secondes. Il s'agit d'un Southern Black Racer, espèce non venimeuse. A peine ai-je le temps d'attraper ma caméra que celui file avec grâce et célérité vers de nouvelles aventures. Je décide de faire de même car 5 heures de route me séparent d'Orlando. A mesure que l'après-midi avance, la fréquence des coups de fusil s'intensifie : j'ai choisi la bonne option, quitter ce territoire non amical où l'ennemi est, comme de coutume, l'Homo sapiens sapiens.
Je m'arrête une dernière fois sur le bord de la route pour saluer la prairie inondée qui a revêtu ses plus belles parures au coucher du soleil.
Un chasseur (encore!) s'apprête à passer la nuit à l'affût avec une importante quantité de matériel. Il traine avec lui une sorte de remorque ressemblant à un gros caddie de golf. Je le questionne sur l'utilité de la chose et il me répond, tout sourire édenté, qu'il s'agit d'un " climber tree stand ". Ainsi, il pourra se percher et les cerfs ne sentiront pas sa présence ; quel vicieux personnage !
Je dinerai à Lake Placid, quitte donc l'autoroute pour m'enfoncer dans la campagne histoire de fuir les fast-foods et franchises de la malbouffe, et, pour une fois, le G.P.S. m'indique une taverne fort sympathique. Il y a seulement 3 locaux sirotant leur Bud, je m'installe et interroge la patronne sur l'absence de touristes : est-ce le film de série Z qui les a fait fuir ? J'apprends que le lac dans le film est en fait le Black Lake, dans le Maine à plus de 1500 miles, ok, je partirai quelque peu moins inculte ce soir!
Direction la cote ouest de la Floride à un peu moins de 200km d'Orlando. Depuis le State Park de Honeymoon, un petit bateau m'amène sur l'ile de Caladesi où la durée de séjour est limitée à 4 heures. Je profite à fond du coté ouest : plage de sable blanc donnant sur le golfe de Floride et passe le plus clair de mon temps dans les eaux chaudes. Là encore, multitude d'oiseaux : pélicans et Ospreys. Quel bonheur que d'être seul sur ce petit bout de paradis ! Bon, il y a tout de même quelques pèlerins se promenant et dès lors, la nudité ne peut être de mise au pays de l'ultime puritanisme.

En fin d'après midi, la navette fluviale me ramène sur la presqu'ile de Honeymoon, et, je pars de la arpenter l'Osprey trail. Les moustiques comment à apparaitre en nombre et je me maudis d'avoir laissé le répulsif à l'hôtel. Le chemin, comme son nom l'indique, permet de voir de nombreux nids d'Ospreys qui sont des sortes d'aigles marins. En plus de contempler ces superbes rapaces, je vois enfin des Armadillos pour la première fois. Quelles étranges créatures : ces tatous semblent être sortis d'un autre âge.
Ils passent le plus clair de leur temps à fouiller le sol de leur groin et semblent accepter ma présence tant que je n'effectue pas de vibrations palpables. Cependant, rester statique à la tombée du jour n'est pas la meilleure des choses : je me suis fait déjà dévorer une centaine de fois par les moustiques gloutons. Je terminerai donc ma promenade en courant afin de rester vivant. Je m'arrête encore à quelques reprises car les Gopher Tortoises sont de sortie.
Ces tortues terrestres sont parmi les espèces vivantes les plus anciennes de la planète : 60 millions d'années mais bizarrement l'on ne sait pas combien d'années elles vivent. Je contemple enfin le coucher du soleil, immergé dans l'eau salée et soulage en même temps mon corps irrité de ces innombrables piqures d'insectes buveurs de sang.
J'ai ensuite passé une semaine sur Atlanta, mais décidemment être en ville ne m'inspire pas. Aussi, voici les photos brutes de décoffrage à la fin de la galerie.
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